Le mot « parentses » n’existe pas. Pourtant, face à un pluriel inhabituel ou à une consonne doublée, le doute s’installe en une fraction de seconde. L’orthographe française repose sur des règles parfois contre-intuitives, et la plupart des erreurs récurrentes concernent quelques familles de pièges bien identifiées : accords du pluriel, doubles consonnes, conjugaison au présent, genre des noms.
Depuis la rentrée 2024-2025, le ministère de l’Éducation nationale a annoncé que l’orthographe sera plus strictement prise en compte dans la notation des copies d’examens, bac et brevet confondus. Voici huit questions pour évaluer où vous en êtes, avec les explications qui permettent de comprendre la logique derrière chaque bonne réponse.
Pluriel des noms composés : la règle que peu de gens appliquent correctement
Première question. Quel est le pluriel de « coffre-fort » : des coffre-forts, des coffres-forts, ou des coffres-fort ? La réponse est des coffres-forts. Dans un nom composé formé de deux noms ou d’un nom et d’un adjectif, les deux éléments prennent la marque du pluriel.
Deuxième question. Comment écrit-on le pluriel de « garde-manger » : des gardes-manger ou des garde-manger ? Ici, « garde » fonctionne comme un verbe (le meuble garde la nourriture), donc seul le second terme reste invariable. On écrit des garde-manger, sans « s » nulle part.
La difficulté vient du fait qu’il faut identifier la nature grammaticale de chaque composant avant de décider de l’accord. Un réflexe utile : se demander si le premier mot est un verbe ou un nom.

Doubles consonnes en français : accumuler, apercevoir, aggraver
Troisième question. Parmi ces graphies, laquelle est correcte : « acumuler », « accumuler », « accummuler » ? La bonne réponse est accumuler, avec deux « c » et un seul « m ». Les mots commençant par « ac- » doublent généralement le « c », sauf quelques exceptions comme « acabit » ou « acacia ».
Quatrième question. Écrit-on « aggraver » ou « agraver » ? On double bien le « g » : aggraver. En revanche, on écrit « agrandir » avec un seul « g ». Aucune règle universelle ne couvre tous les cas, ce qui explique que les doubles consonnes figurent parmi les sept familles de fautes les plus fréquentes recensées par les observatoires de dictées en ligne.
Comment retenir ces graphies
- Les préfixes « ac- », « af- », « ap- », « at- » doublent souvent la consonne qui suit (accorder, afficher, appliquer, attirer), mais pas toujours (aplanir, apercevoir)
- Le préfixe « ag- » double le « g » devant « gr » (aggraver, agglomérer) mais pas devant d’autres consonnes (agrandir)
- En cas de doute, la vérification dans un dictionnaire reste plus fiable que n’importe quelle astuce mnémotechnique
Accord du participe passé avec « avoir » : la question piège classique
Cinquième question. « Les fleurs que j’ai (cueilli / cueillies) sentaient bon. » La bonne réponse est « cueillies », avec accord au féminin pluriel. Le complément d’objet direct « que » (reprenant « les fleurs ») est placé avant l’auxiliaire « avoir », ce qui déclenche l’accord.
Sixième question. « Elle s’est (lavé / lavée) les mains. » Ici, pas d’accord : on écrit « lavé ». Le COD « les mains » est placé après le verbe pronominal, donc le participe reste invariable. La position du COD par rapport au participe détermine l’accord, pas le genre du sujet.
Cette distinction reste l’une des plus mal maîtrisées, y compris chez les adultes diplômés. Les retours terrain des plateformes de formation en ligne confirment que la majorité des erreurs sur le participe passé concernent précisément les verbes pronominaux.

Conjugaison au présent et orthographe des adverbes
Septième question. Comment forme-t-on l’adverbe à partir de « gentil » : gentilment, gentiment, ou gentimment ? La réponse est gentiment, sans le « l ». Les adjectifs en « -i » forment leur adverbe en ajoutant « -ment » directement à la forme masculine, et « gentil » perd son « l » final dans l’opération.
Huitième question. Au présent de l’indicatif, écrit-on « il résoud » ou « il résout » ? La forme correcte est « il résout », avec un « t ». Le verbe « résoudre » suit le même modèle que « coudre » (il coud) ou « moudre » (il moud) : le « d » du radical disparaît aux trois personnes du singulier au présent.
Les verbes du troisième groupe au présent
Les verbes en « -dre » se divisent en deux catégories au présent. Ceux en « -andre », « -endre », « -ondre » conservent le « d » (il répond, il vend). Ceux en « -oudre » et « -soudre » perdent le « d » et prennent « -s, -s, -t » (il résout, il absout).
Cette distinction n’est quasiment jamais enseignée de manière explicite au collège, ce qui explique sa persistance comme source d’erreurs.
Orthographe et examens : un enjeu renforcé depuis 2024
Le renforcement de la prise en compte de l’orthographe dans les examens nationaux change la donne pour les candidats au brevet et au baccalauréat. Le ministère de l’Éducation nationale a précisé qu’une copie ne pourrait plus obtenir la moyenne si le niveau de langue est jugé insuffisant, toutes matières confondues.
Ce durcissement relance un débat ancien entre partisans d’un enseignement traditionnel des règles et défenseurs d’approches plus souples. Les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer l’impact réel de cette mesure sur les résultats des élèves, la première session concernée étant récente.
- Les familles de fautes les plus fréquentes identifiées par les observatoires de dictées en ligne : accords (sujet-verbe, participe passé), conjugaison, doubles consonnes, homophones grammaticaux
- Les outils de correction automatique corrigent les coquilles, mais n’expliquent pas la règle sous-jacente, ce qui limite leur effet sur la progression réelle
- Les tests d’orthographe en ligne sans inscription ni conservation de données répondent à une demande croissante de pratique autonome et confidentielle
Le mot « parentses » en titre de cet article était un piège volontaire. Le pluriel correct de « parenthèse » est « parenthèses ». Si vous l’avez repéré avant même de lire la première question, votre vigilance orthographique fonctionne. Les huit questions ci-dessus ciblent des zones où même les scripteurs attentifs trébuchent, et la meilleure façon de progresser reste de comprendre la logique grammaticale plutôt que d’apprendre chaque mot par coeur.

