7,6 %. C’est la part des véhicules électriques dans les ventes automobiles américaines en 2023, alors qu’ils ne représentaient que 2 % trois ans plus tôt. Tesla capte plus de la moitié du marché, mais les géants historiques redoublent d’efforts pour combler leur retard. À côté, l’hybride grignote du terrain, tandis que les modèles purement thermiques glissent doucement vers la sortie.
Derrière ces chiffres, une mécanique plus large se met en marche. Les analystes tablent sur une progression annuelle de 8 % du marché nord-américain d’ici 2035, portée par l’électrification massive et l’arrivée de technologies comme le Drive by Wire. Entre stratégies publiques, innovations logicielles et rivalités mondiales, le secteur automobile américain se réinvente à marche forcée.
Panorama actuel du marché automobile nord-américain : chiffres, segments et dynamiques
Le marché automobile nord-américain pèse plus de 1 000 milliards de dollars et continue de rester un pilier de l’économie mondiale. En 2024, les ventes franchissent la barre des 16,2 millions de véhicules, preuve que le secteur sait encaisser les chocs. Trois axes structurent sa dynamique : la poussée des électriques, la persistance des moteurs thermiques, et l’émergence de l’hybride comme segment de transition.
Les grands noms du secteur continuent d’occuper le terrain. General Motors, Ford et Chrysler tiennent leurs positions, même si la concurrence se fait plus féroce. Tesla reste le symbole de la transformation, malgré une chute de 71 % de son bénéfice net au premier trimestre 2025 et une baisse de 21 % de ses ventes mondiales de véhicules électriques. Le paysage évolue vite.
Pour mieux cerner les défis et mutations en cours, voici les principaux marqueurs :
- Le secteur automobile doit composer avec la transition énergétique, la numérisation accélérée et des exigences croissantes sur la réglementation CO2.
- Les incertitudes sur les composants électroniques, la hausse des coûts et les impacts des crises géopolitiques (Ukraine, Russie) redéfinissent les stratégies de production.
- L’Inflation Reduction Act dope les investissements dans la fabrication locale de batteries et de véhicules électriques, modifiant l’équilibre face aux concurrents asiatiques et européens.
SUV et pick-up continuent d’attirer les acheteurs, reflet d’une culture automobile bien ancrée. Mais la montée des électriques et hybrides recompose la donne. Le marché nord-américain entame une mutation profonde, sous la pression de l’innovation, des réglementations et de la compétition mondiale.
Véhicules électriques : où en est la transition et quelles parts de marché aujourd’hui ?
Le marché des véhicules électriques s’inscrit progressivement dans le quotidien des automobilistes nord-américains. En 2024, les véhicules électriques (VE) atteignent 10 % des ventes aux États-Unis, bien loin des 40 % affichés en Chine ou des 20 % en Europe. Pourtant, la tendance est nette : en 2023, la part n’était encore que de 7,6 %. La progression américaine reste freinée par les habitudes d’achat, la densité du réseau de bornes et l’attachement aux pick-up traditionnels.
La percée des VE ne s’explique pas uniquement par le dynamisme de Tesla. Les mesures publiques, comme l’Inflation Reduction Act, encouragent la relocalisation industrielle et stimulent la création d’usines de batteries et de voitures électriques. Mais la réalité de marché rappelle à l’ordre : Tesla enregistre une baisse de 21 % de ses ventes mondiales de VE au premier trimestre 2025, et son bénéfice net chute de 71 %. Pendant ce temps, des groupes chinois tels que BYD gagnent du terrain à l’international, et Volkswagen ou Renault Group avancent leurs positions en Europe.
Quelques repères pour mesurer l’ampleur du phénomène :
- Le marché mondial du VE approche les 4,3 millions d’unités écoulées au premier trimestre 2025.
- La valorisation du secteur pourrait grimper à 300 milliards de dollars d’ici 2030.
Les investissements massifs et l’appui fédéral poussent l’industrie vers l’électrique, même si la culture automobile américaine freine encore le mouvement. La transition semble inévitable sous la pression des normes environnementales et de la concurrence globale.
L’innovation technologique bouleverse-t-elle la croissance future ? Focus sur le Drive by Wire et la connectivité
Le futur du secteur automobile américain ne se joue plus uniquement sur l’électrique. La digitalisation des véhicules s’impose comme un mouvement de fond. Le Drive by Wire transforme la donne : cette technologie remplace les liaisons mécaniques par des commandes électroniques pour la direction, le freinage ou l’accélération. Continental, par exemple, développe avec Volterio des solutions de recharge autonome, tandis que Hyundai Mobis a présenté au CES 2024 son système e-Corner, intégrant plusieurs fonctions sans liaison physique.
Les véhicules connectés ne sont plus de la science-fiction. Volkswagen prévoit pour 2028 un modèle « défini par logiciel », marqué par des mises à jour à distance, des interfaces évolutives et une analyse de données en continu. Stellantis, de son côté, déploie STLA Brain, une plateforme centralisée qui facilite l’intelligence artificielle embarquée et la maintenance prédictive, tout en renforçant la sécurité grâce à des mises à jour régulières. Cette évolution place la cybersécurité au cœur des préoccupations : la moindre faille peut compromettre la sécurité des passagers et exposer la filière à des risques industriels majeurs.
Le véhicule autonome s’invite désormais sur les routes. WeRide fait rouler plus de 700 navettes autonomes, Zeekr collabore avec Waymo sur le robotaxi. Les alliances se multiplient, les compétences se spécialisent. Le MaaS (Mobility as a Service) pointe, avec des plateformes comme umob qui proposent des solutions de mobilité connectée intégrées. La croissance de demain dépendra de la capacité à maîtriser ces technologies : innovation logicielle, traçabilité numérique, intelligence artificielle et nouveaux partenariats dessinent les contours du secteur.
À quoi ressemblera l’industrie automobile américaine en 2035 ? Prévisions et scénarios de développement
À l’horizon 2035, l’industrie automobile américaine aura profondément changé de visage. La transition vers les véhicules électriques s’accélère, le recyclage et l’économie circulaire prennent de l’ampleur, les emplois verts se multiplient.
Les politiques publiques, dans le sillage de l’Inflation Reduction Act, devraient permettre aux États-Unis de rejoindre le rythme européen sur la part des VE vendus. La France vise déjà 60 % de ventes de VE en 2035. Les groupes comme General Motors, Ford et Stellantis investissent massivement dans la filière batterie et renforcent la traçabilité, notamment avec le passeport batterie qui deviendra la norme en Europe dès 2027.
La chaîne d’approvisionnement s’étend désormais au recyclage des batteries, devenu un véritable pilier industriel. Inspirés des modèles allemands ou français, des sites de reconditionnement émergent, capables de réinjecter à grande échelle des matériaux critiques dans la production. L’économie circulaire n’est plus un mot d’ordre, c’est un levier de performance déjà activé par des groupes comme Stellantis, qui vise deux milliards d’euros issus du recyclage et du reconditionnement à l’horizon 2030.
Les métiers évoluent en profondeur : numérique, intelligence artificielle, gestion de matériaux durables deviennent incontournables. La formation suit, les acteurs historiques recrutent de nouveaux profils, et les alliances se multiplient. L’industrie automobile américaine, loin d’un repli, s’ouvre à des horizons inédits, navigue entre performance économique et responsabilité écologique. Le virage est amorcé, et personne ne semble prêt à lever le pied.


